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La poésie négro-africaine : Réservoir de l'authenticité et de la modernité Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Webmaster   
03-07-2010
M. Mohamed Ben Zineb
M. Mohamed Ben Zineb
C'est en poètes que Léopold Sédar Senghor, Aimée Césaire, Franz Fanon, René Depestre, Cheikh N'Dao et bien d'autres...

s'identifiaient à leurs peuples pour exprimer en un langage original l'être profond de l'homme noir, revaloriser la culture négro-africaine, se situer dans le monde et contribuer par là à la littérature universelle.

Comment ces idées profondes vont-elles se rencontrer dans la poésie négro-africaine?

Une tentative de réponse est présentée dans “Anthologie de la poésie négro-africaine”
de Marc Rombaut.

Lépolod sedar senghor
Lépolod sedar senghor
Né en 1939 à Gand, Marc Rombaut a séjourné cinq années en Guinée et donné des cours de littérature et de civilisation africaines à Bruxelles. Auparavant, il avait publié un essai sur la nouvelle poésie négro-africaine.

Cette anthologie qui recouvre plus d'un demi-siècle de production poétique, à travers laquelle l'auteur accomplit un parcours rapide du continent africain se veut un témoignage vibrant de la poésie francophone, de “sa vitalité et de ses richesses insoupçonnées”.

Loin d'être un panorama exhaustif, c'est plutôt une rencontre que nous propose l'auteur de cet ouvrage encore brûlant d'actualité.

Ainsi, en guise d'introduction, il met en exergue l'importance du rôle de l'oralité africaine dont les racines se trouvent bien ancrées dans la génération de nos ailleuls.

Amado Bane ne dit-il pas que “chaque vieillard qui meurt en Afrique, c'est une bibliothèque qui brûle” (page 9). L'oralité africaine recourt, en fait, à tous les genres de la littérature, le roman excepté.

Considérée comme le réservoir de l'authenticité négro-africaine, elle comprend les poèmes épiques, chants rituels, contes et légendes, mythes cosmogoniques… reflétant l'intelligence et la sensibilité de la tradition africaine.

La première partie de l'ouvrage porte sur les origines, les circonstances, l'évaluation et l'universalité de l'avènement de la négritude.

Dans la seconde partie, Marc Rombaut consacre les textes poétiques de 75 écrivains (soixante-quinze) de 17 nations (dix-sept). Ces écrivains sont classés d'après leur tendance politique et sociale:

- une tendance militante ayant vécu le colonialisme

- une tendance de démission qui se tait devant les problèmes sociopolitiques cruciaux (littérature de résignation)

- une tendance révolutionnaire qui continue la lutte en prenant le chemin de l'exil, de la prison et de la rue.


- L'auteur expose sa thèse en ces termes: “La littérature négro-africaine d'aujourd'hui est à l'image de cette Afrique douce et sanguinaire, libre et enchaînée (…) La poésie reste douloureuse comme pendant le colonialisme” (page 53).

Aimée Césaire
Aimée Césaire
Evoquant “la nouvelle vague” ou “les auteurs du renouveau”, Marc Rombaut souligne que Edouard Glissant, René Depestre, Antony, Phelps, Cheikh N'Dao (pour ne citer que ceux-là) témoignent de cette double exigence de réenracinement et d'ouverture sur le monde contemporain:

“ex-Africa semper ali quid novi” (de l'Afrique, il faut s'attendre à voir jaillir quelque chose de nouveau) nous rappelle dans ce contexte l'antique adage.

En somme, l'œuvre de Marc Rombaut représente une contribution précieuse à la genèse et au développement de la poésie négro-africaine.

Elle a le mérite aussi, d'offrir une bibliographie exhaustive, d'une utilité exceptionnelle pour nos chercheurs qui souhaiteraient enrichir la bibliothèque africaine. Celle-ci ne dispose, il est vrai, que de titres (à quelques exceptions près) provenant de l'Occident.

                                                                                                                                                 Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir



Extraits de poèmes

* Renée Depestre (1926)
“Je suis un port à légendes, je suis
Une fille d'Egypte, celle qui sait
Que l'aventure humaine n'a pas de prix
Celle qui donnerait ses deux seins à couper
En échange d'une seule goutte de tendresse
Dans les yeux froids du monde!

* Zegoua (Charles) Nokan (1937):
Carnet de Prison
Je suis un nègre
J'étais esclave sous César
J'ai bâti les pyramides, les châteaux et les gratte-ciel
(…)
Mon sang a fertilisé les glaines de l'égoïste Europe.
(…) Au Mozambique, en Angola,
les balles du colonialisme et de l'impérialisme
ont brisé mon crâne et déchiré mon cœur
Je suis le prolétaire tombé devant son taudis
A Saint-Domingue, en Algérie et au Vietnam…
Je suis un Noir fier qui dresse ses poings
Contre toute oppression
Je suis Toussaint, Louverture, Lumumba, Ben Barka…

 

 

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